«Chez Lando», l’hôtel-symbole de la tragédie et de la renaissance du Rwanda

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Publié le
11.04.2019 à 16h18
par
APA

Niché au quartier Remera de Kigali, l’hôtel-restaurant « Chez Lando » est à la fois une mémoire de l’histoire tragique du Rwanda mais aussi un symbole du regard d’un pays tourné vers l’avenir. Côté souvenir, le réceptif appartient à Landoald Ndasingwa dit Lando. Grand-frère de l’actuelle secrétaire générale de la Francophonie, Louise Mushikiwabo, il a été assassiné en 1994 avec sa famille lors du génocide rwandais.A l’image d’un peuple non figé sur son martyre, «Chez Lando» a tenu bon et mis le cap sur la compétitivité grâce à un cadre « convivial » et « simple ». C’est  ce que l’on ressent quand Byiringiro Patrick, le chargé de la clientèle, vous remet sa carte de visite sur laquelle on lit : « In the heart of Rwandan hospitality, au cœur de l’hospitalité rwandaise)».

Ce message résume l’ambition de la direction d’attirer les clients et touristes de passage dans la capitale rwandaise.

Construit il y a 33 ans dans un cadre verdoyant, cet hôtel «3 étoiles» chargé d’histoire a su garder son architecture africaine, à travers ses bâtiments en tuile aux murs faits de briques de terre cuite, suivant la conception de ses promoteurs : Lando, un membre de l’opposition avant le génocide, et son épouse canadienne, Hélène Pisnky.

Le couple, qui vivait tout près de l’hôtel, a été tué avec ses deux enfants en 1994. Ils font partie des plus de 800.000 personnes, principalement des Tutsis, qui ont été assassinés dans le cadre du génocide au Rwanda dont le 25e anniversaire a été célébré le 7 avril dernier.

Tout comme ses promoteurs, l’hôtel a dans un premier temps été « détruit », avant d’être reconstruit deux ans plus tard sous la direction de Anne-Marie Kantengwa, une sœur au défunt propriétaire.  Ce fut fait, « petit à petit » dans le but de « garder la mémoire» de la tragédie vécue, comme l’aurait souhaité Lando, raconte Patrick.

« Quand on reconstruisait, c’était aussi (pour) la reconstruction de soi-même, une façon aussi de contribuer à la renaissance du pays », souligne-t-il, non sans relever que l’autre sœur de Lando, Louise Mushikiwabo, a « aidé pendant un moment à la gestion de l’hôtel, avant que sa route ne la mène vers la politique ».

Cette dernière, âgée de 57 ans et ex ministre des Affaires étrangères de son pays, est depuis le 1er janvier dernier la Secrétaire générale de l’Organisation internationale de francophonie (OIF).

« Dans notre marketing, on essaie de ne pas se relier trop à l’histoire même si elle peut contribuer à quelque chose. On essaie de faire un marketing basé sur notre produit. Cela entre dans le cadre du renouveau du Rwanda, il faut qu’on soit compétitif et qu’on mette des produits de qualité sur le marché », affirme Patrick qui, comme les autres membres du personnel, est d’une bonne humeur communicative.

Vantant le confort des 82 chambres du réceptif et la saveur des plats servis dans ses deux restaurants, il lance dans un sourire : « Notre grande spécialité, c’est les barbecues (poulet, chèvre, mouton, …). Mais on a essayé aussi de tirer dans différentes cuisines et d’associer à la nourriture locale, même si on n’a pas encore le +cebu jen+ (riz au poisson) sénégalais dans le menu »..

Retrouvant son air sérieux, il ajoute : « Mais nous sommes ouverts à différentes options et cherchons à proposer différents plats. On veut juste bien faire, parce que chaque année un chef étranger vient enseigner à notre personnel cuisinier de nouvelles spécialités culinaires ».

Au final, le complexe hôtelier est « satisfait » de son statut « 3 étoiles » et, tout en restant fidèle à la « vision » de Lando qui était de ne pas avoir « un endroit très haut de gamme », la direction compte  « d’ici la fin de l’année » construire « 20 à 25 » nouvelles chambres.

Le Rwanda est en train de permettre au tourisme, un secteur très en vogue, de profiter des dividendes de son renouveau économique et social. Cette politique se vérifie « Chez Lando » dont la direction assure avoir des clients toute l’année, hormis « la basse saison » (décembre, janvier et avril).

Soixante pour cent de cette clientèle se recrute parmi les gens « qui viennent (au Rwanda) pour le business et le travail », précise Patrick.

« Et même cette année, on commence à avoir des touristes africains, des gens qui viennent de l’ouest, du nord de l’Afrique. C’est intéressant de voir que le Rwanda commence à devenir une destination pour des Africains qui veulent prendre un peu de repos. Parce que normalement, beaucoup de personnes pensent qu’un touriste doit être forcément blanc », objecte le chargé de la clientèle, faisant sûrement allusion à la journaliste zambienne Patricia Banda, venue couvrir la dernière commémoration du génocide.

Cette consœur de la télévision nationale de la Zambie souligne avoir « vraiment apprécié » son séjour « Chez Lando » et, au vu du service offert par une « équipe engagée », elle envisage d’y revenir si « l’opportunité se représente ».





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