Fuir ou mourir: les jihadistes divisés dans le dernier réduit de l’EI en Syrie

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Certains sont déterminés à se battre jusqu’à la mort, d’autres veulent juste fuir: dans le dernier réduit du groupe Etat islamique en Syrie, une fracture est apparue au sein des jihadistes acculés et affamés.

Des centaines de combattants, notamment étrangers, des femmes et des enfants se trouvent toujours dans la poche de moins d’un kilomètre carré tenue par l’EI dans le village de Baghouz, aux confins orientaux de la Syrie.

Ceux qui ont fui racontent aux journalistes un quotidien marqué par les privations, les bombardements, mais aussi les divisions au sein des jihadistes.

« Certains veulent se battre, certains ne veulent pas se battre, et d’autres veulent s’échapper », confie à l’AFP Ahmad al-Joura, un de ceux qui ont abandonné ces derniers jours le secteur.

Comme des milliers d’autres sortis de Baghouz, il s’est retrouvé entre les mains des Forces démocratiques syriennes (FDS), l’alliance arabo-kurde engagée contre les jihadistes.

Ce trentenaire fait partie des rares hommes autorisés par les FDS à parler aux journalistes, même si le récit qu’il fait ne peut être vérifié de manière indépendante par l’AFP.

Originaire de la province centrale de Homs, il assure ne jamais avoir combattu avec les jihadistes. « Ils vivaient parmi nous sur un territoire très étroit », lâche-t-il, alors que les FDS ont accusé les combattants de l’EI de se mêler aux civils pour les utiliser comme boucliers humains.

M. Joura ne se fait pas d’illusion sur le sort qui attend les combattants de l’EI.

« Il n’y a plus rien à manger là-bas, comment combattre? », s’interroge-t-il. « Pour porter une arme, il faut être fort physiquement ».

– « Ceintures explosives » –

Lui-même est sorti avec sa famille parce qu’il n’avait « plus de travail ».

« La situation est terrible, on buvait de l’eau sale », indique l’homme assis à terre, emmitouflé dans un kaftan traditionnel, un foulard marron autour du visage.

Du « califat » jihadiste autoproclamé en 2014 et qui couvrait autrefois de vastes régions et de grandes villes en Syrie et en Irak, il ne reste plus que quelques pâtés de maisons accolés à un campement informel.

Y sont retranchés des Syriens et des Irakiens, mais aussi de nombreux étrangers, les « mouhajirine » comment les appelle l’EI. Tous ceux qui sortent ne cachent pas leur amertume face aux traitements de faveurs dans la poche jihadiste.

« Il y a des gens pour qui rien n’a changé avec le siège, mais d’autres qui en sont morts », confie Nour Ghroush, une Syrienne de 20 ans originaire du nord-est syrien, assise avec sa belle-soeur et un enfant qu’elle a adopté après la mort de ses deux parents.

« Il y a des membres de l’EI et des étrangers qui achètent ce qu’ils veulent », ajoute-t-elle.

Elle raconte que les jihadistes sont « partout », dans les rues « avec leurs armes, leurs bombes, leurs ceintures explosives ».

Sa belle-soeur Aïcha Abdel Azim intervient pour expliquer que « beaucoup de familles se trouvent à l’intérieur ».

« Seuls ceux qui ont de l’argent peuvent acheter des choses. Quant à nous, c’était un jour on mangeait, un jour non », déplore cette mère de famille d’une trentaine d’années.

– « On était convaincu » –

Depuis décembre, près de 50.000 personnes au total, principalement des familles de jihadistes, ont quitté la poche de l’EI, selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH).

Rien que ces derniers jours, quatre évacuations massives ont eu lieu.

Plusieurs femmes interrogées par l’AFP ont récemment expliqué qu’une voiture de la Hisba, police religieuse de l’EI, avait fait le tour du réduit pour prévenir les familles des blessés qu’elles étaient autorisées à partir si elles le souhaitaient.

Mais c’est à contre-coeur qu’Israa a fait le choix de sortir, pour sauver son neveu malade.

« Il n’y a pas de lait, et il est très malade à cause de la faim », explique cette Irakienne originaire de Bagdad.

« Le médecin lui a prescrit du lait de vache. Mais il n’y avait pas de vaches », explique-t-elle.

Après des fouilles et des interrogatoires poussés, femmes et enfants sont transférés vers des camps de déplacés du nord-est syrien.

Quand un camion débarque près de Baghouz, tout le monde s’y précipite pour être sûr d’avoir une place, et ne pas passer la nuit à l’extérieur en attendant le prochain convoi.

Tenant précieusement dans ses mains du pain, du lait et des couches, Asmahane tente de trouver une place. Mais la trentenaire confie qu’elle serait bien restée avec l’EI.

« Oui on souffrait de la faim. Mais on était convaincu par ce qu’on faisait », assène cette maman de trois enfants.





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