Mis à l’index par Pyongyang, Mike Pompeo fait le dos rond

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Publié le
18.04.2019 à 19h50
par
AFP

Face à l’impasse, le secrétaire d’Etat Mike Pompeo fait le dos rond, et les Etats-Unis avec lui. Même si la Corée du Nord a réclamé sa mise à l’écart des discussions sur la dénucléarisation, Washington s’est dit prêt à poursuivre le dialogue avec Pyongyang.

La réaction, a minima, est venue jeudi d’un porte-parole du département d’Etat américain. « Les Etats-Unis restent prêts à dialoguer avec la Corée du Nord dans le cadre de négociations constructives », a-t-il déclaré sans plus de commentaires.

Le régime nord-coréen venait pourtant de porter un rude coup au puissant patron du ministère américain des Affaires étrangères, en première ligne depuis un an dans le spectaculaire rapprochement entre les deux pays ennemis.

Accusant Mike Pompeo de contribuer à une « mauvaise » atmosphère et de manquer de « maturité, il a demandé qu’il cesse tout bonnement de participer aux négociations en cas de reprise de dialogue. Sinon, « les discussions vont à nouveau s’engluer », a prévenu un haut responsable de la diplomatie nord-coréenne, Kwon Jong Gun.

Jenny Town, du cercle de réflexion Stimson Center, y voit une conséquence immédiate d’une récente remarque du chef de la diplomatie américaine. Prié de dire, lors d’une audition parlementaire, s’il qualifierait Kim Jong Un de « tyran », il a répondu: « bien sûr » — une position très éloignée de celle du président Trump, qui ne cesse de déclarer son « amitié » voire son « amour » au dirigeant nord-coréen

« C’est très insultant pour les Nord-Coréens », d’autant que Mike Pompeo a personnellement rencontré leur numéro un « à plusieurs reprises », dit à l’AFP cette chercheuse.

– Un troisième sommet? –

Mais ce n’est pas la première fois que le secrétaire d’Etat est ainsi mis à l’index.

En juillet, Kim Jong Un l’avait snobé lors d’un de ses quatre déplacements à Pyongyang, et les autorités du régime reclus avaient dénoncé ses méthodes de « gangster ». Et après l’échec du sommet de Hanoï en février 2019, des responsables nord-coréens avaient imputé ce fiasco à Mike Pompeo et au conseiller à la sécurité nationale de la Maison Blanche John Bolton.

« Je m’attends à ce que nous puissions continuer » à « avoir un dialogue très professionnel », avait alors — déjà — balayé le secrétaire d’Etat, souvent décrit par les diplomates étrangers en poste à Washington comme « le ministre pour la Corée du Nord et l’Iran », tant son action se concentre, depuis son entrée en fonctions il y a un an, sur ces deux dossiers.

Le viser est en fait une manière, pour la Corée du Nord, de « tenter de détourner le président de ses conseillers », explique Bruce Klingner, ancien de la CIA et chercheur à la très conservatrice Heritage Foundation. Selon lui, les Nord-Coréens essaient de dire à Donald Trump: « On veut recréer la dynamique et l’atmosphère du sommet de Singapour, mais on ne peut y réussir que si vous vous débarrassez de ces gens ».

Pourquoi? Parce que Kim Jong Un a le sentiment qu’à Singapour, en juin 2018, il a obtenu d’importantes concessions de la part du milliardaire américain, et il espère rééditer l’exploit, d’autant que le locataire de la Maison Blanche s’est dit prêt à un troisième sommet, tout comme l’homme fort de Pyongyang.

Après les effusions de Singapour, en effet, les deux dirigeants se sont quittés à Hanoï sur un désaccord: le Nord-Coréen réclamait une levée des sanctions trop importante aux yeux de l’Américain en échange d’un début de dénucléarisation jugé trop timide.

Près de trois mois plus tard, bien que Mike Pompeo ait répété à plusieurs reprises que les contacts se poursuivent, c’est en réalité l’impasse. Steve Biegun, l’émissaire du secrétaire d’Etat, n’a toujours pas obtenu de nouveau rendez-vous avec ses homologues nord-coréens, et les négociations sur le désarmement atomique n’ont jamais repris.

Et dans l’immédiat, les déclarations de Pyongyang ne vont pas faciliter les choses, d’autant que Mike Pompeo, un fidèle de Donald Trump, a jusqu’ici toujours conservé la confiance du président, ce qui est en soit un exploit tant l’homme d’affaires peut se montrer cassant avec les membres de son équipe.

Les Etats-Unis ne peuvent pas changer de négociateur « sans sembler céder aux diktats de Kim Jong Un », relève Jenny Town. « Cela ne fait que compliquer la reprise des négociations. »





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